"C'est quand la mer se retire que l'on voit ceux qui nagent sans maillot de bain. " L'expression du financier Warren Buffett désigne les investisseurs mal avisés en période de krach financier. Mais selon Maurice Thévenet, professeur à l'Essec et au Cnam, elle s'applique de la même manière aux managers : " C'est dans les situations de turbulences que l'on repère ceux qui n'ont pas le niveau ou qui pensent que leur rôle se limite à faire tourner des procédures. " Déjà ardue en temps normal, la tâche de l'encadrement se complique encore lorsque l'entreprise traverse une mauvaise passe.
Voici le chapeau de cet article de Monsieur Placet :
"Désengagement, distance, risques psycho-sociaux, souffrance au travail… Ces mots ont envahi en quelques années les débats sur la vie en entreprise. La part de la réalité est difficile à faire car la confiance manque pour établir les vrais constats. Reste un sentiment de malaise, partagé par tous, qui oblige à s’interroger sur la notion clé de conditions de travail."
Challenges rapporte un article de The Economist à propos de la globalisation qui affirme, preuves à l'appui, que celle-ci n'est pas entrée dans les faits. "Seuls 2% des étudiants fréquentent des universités hors de leur pays et seuls 3% des habitants de la planète vivent à l'étranger. En termes d'échanges économiques... seule 7% de la production mondiale de riz est exportée et 7 des dirigeants des firmes de l'indice S&P500 sont d'origine étrangère..." L'article affirme même que, sous le coup de la crise, "près d'un quart des entreprises américaines et européennes ont réduit leurs approvisionnements à l'étranger".
Mais l'article se trompe de diagnostic : la mondialisation n'est pas physique mais mentale ou virtuelle. Ce ne sont plus les personnes ou les marchandises qui voyagent mais les idées et les émotions...
Vue comme ça, en pensant aux révolutions dans les pays arabes ou à la solidarité internationale autour des grandes catastrophes, la mondialisation ne serait-elle pas un grand progrès pour l'humanité ?
J'ai déjà eu, ici, l'occasion de me réjouir du nombre important d'auto-entrepreneurs déclarés. Même si un sur deux n'a pas réalisé de chiffre d'affaires, cela démontre au moins l'envie que nous avons, nous, Français, de bouger, de faire des choses, contrairement à l'idée reçue qui veut que nous soyions une nation d'assistés...
Parmi les solutions proposées pour éviter les crises, ou plus exactement en limiter l'ampleur, certains économistes proposent d'interdire aux banques de faire simultanément plusieurs métiers (comme cela était le cas aux États-Unis, il y a peu) : banque d'investissement, banque de détail, gestion d'actifs, hedge funds...
Extrait d'un article inconoclaste de François Ewald qui pose la question de la responsabilité respective des États et des marchés dans la crise financière :
"L'observateur a du mal à s'y retrouver. Depuis l'été 2007, début de la crise des « subprimes », il était convenu de dénoncer « les marchés », mus par le seul « greed » (« avidité » en français), spéculateurs et, irresponsables...
Article d'Hélène Rey pour les Echos.fr. Extraits : "Du 8 au 11 avril était organisée à Cambridge, en Angleterre, la conférence inaugurale de l'Inet (Institut pour une nouvelle pensée économique, http://ineteconomics.org), créé par George Soros, en réponse à la récente crise économique. Elle a réuni de nombreux économistes de tous bords - en particulier trois prix Nobel, George Akerlof, James Mirrlees et Joseph Stiglitz, dont les travaux sur les problèmes d'asymétrie d'information et d'aléa moral ont profondément changé la discipline -ainsi que des philosophes, des anthropologues, des mathématiciens et des historiens. Certains des concepts fondamentaux souvent utilisés en modélisation économique ont été remis sur la table.
Interview de Paul Jorion "économiste et sociologue" dans Capital du mois d'août à propos de la crise financière. Les inserts en italiques sont de moi.
" L'informatique et ses calculs ultra rapides ont donné naissance à un environnement financier impossible à maîtriser. Depuis les années 1990, les mathématiciens, les physiciens et les informaticiens ont pris le pouvoir..."
L'Europe est parvenue, hier soir, à un accord et tout le monde (journalistes, économistes...) fait la fine bouche sur la lenteur et la difficulté de coordination des 27. Je ne me prononcerai pas sur le fond des mesures, mais sur la critique concernant la lenteur : 4 mois ce serait très long. Je ne suis absolument pas d'accord.
Sur la base d'une rumeur (l'Espagne s'apprêterait à faire appel au FMI), démentie, les marchés ont fait plonger les bourses de la planète.
Pourtant, si l'on en croit les économistes, l'État espagnol est largement moins endetté que beaucoup d'autres pays européens. Les marchés sont irrationnels et nous le confirment chaque jour. Or, la théorie économique prétend le contraire. A quand une théorie qui partira du postulat inverse : les marchés mondialisés, complexes, ne permettent pas une prise de décision rationnelle. Donc ils sont émotifs. Donc révisons nos concepts économiques.
P.S. Certains checheront le salut dans a science mathématique mais celle-ci est également "imparfaite". (voir la note de demain).
Suite et fin des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture. Bien entendu, selon le principe de ce blog, je ne cherche pas à restituer fidèlement la pensée de l’orateur, mais je picore ce qui me « donne à penser ». Les § en italiques sont de moi. Paul Thibaud ( philosophe) s’inquiète de la renonciation à penser le monde : « la non pensée a maintenant deux faces : le fatalisme du marché et l’apocalyptisme… Juvin l’écrit : nous sommes le premier monde sans but. Nous avons pris cela pour une libération, en fait nous nous sommes abandonnés à la fatalité. L’humanité n’est pas un combat ou une concurrence, ce n’est pas non plus une bluette, c’est un rapport qui doit être analysé et orienté. Les idéaux moraux et politiques pour guider l’humanité sont à inventer… C’est cela la tâche actuelle...»
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture. Cette semaine, avec Bernard Stiegler (économiste) , on évoque quelques pistes pour une « nouvelle rationalité du capitalisme.» « Nous avons perdu le sens de ce que signifie le mot « richesse ». La richesse c’est ce qui permet de s’individuer, « de devenir ce que l’on est »… » «Il faut sublimer : dépasser le sens des intérêts calculables et se tourner vers des choses sublimes. Il y a du « sublime » en beaucoup de choses simples… « Le sublime c’est l’infini » dit Kant. Qu’est-ce que l’infini ? Et bien, l’infini c’est ce qui a une valeur incomparable. Et dans une société ou une vie humaine, chacun le sait au fond, on a toujours besoin d’infinitiser un objet… les gens qui cultivent une passion pour la peinture savent que la valeur des œuvres qui les affectent est pour eux infinie.»
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture. Cette prochaine, je reviens avec Michel Schneider, psychanalyste, sur l’altérité. « La crise résulte fondamentalement dans les esprits, ceux des dirigeants comme des dirigés, de la dominance du narcissisme sur l’altérité, sur le sens de l’altérité. Il y a plusieurs symptômes qu’on peut relever : la montée de la dette par exemple… La montée de la dette, cela veut dire quoi ? Ca veut dire que l’on reporte sur les générations futures le coût à payer pour notre jouissance présente… » C’est « après moi le déluge. »
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture.
Cette semaine, le point de vue de Jean-Pierre Le Goff, philosophe et sociologue.
« L’activisme communicationnel et managérial tient lieu de vision historique… Le management et la psychologie ont envahi tout et remplacent la culture historique.« Motivation » et « gestion de la complexité » sont les maîtres mots pour répondre à une situation que personne ne semble capable de maîtriser … C’est une course individuelle et collective perpétuelle où la réactivité domine sur la projection dans le long terme. Je pense que c’est symptomatique d’une forme de sortie de l’histoire avec une déculturation très forte.
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture.
Aujourd’hui, Robert Dufour, un philosophe, fait de l’économie.
« Le terme de « gouvernance » vient très directement de la « corporate gouvernance » c'est-à-dire de la prise de pouvoir des actionnaires dans la gestion du capital. Auparavant nous avions à faire à un capitalisme industriel qui était tenu de trouver des arrangements avec le salariat. Or c’est la troisième composante, les actionnaires, représentant le capitalisme financier qui a pris le pouvoir et qui a, d’une part, éloigné le salariat de la gestion des affaires au point de le considérer comme une variable d’ajustement qui a d’autre part acheté les dirigeants des grandes entreprises industrielles… pour qu’ils suivent des objectifs, non plus industriels mais financiers… »
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture.
Cette semaine, une réflexion d’ d’Elisabeth de Fontenay philosophe.
« L’abstraction généralisée (de la finance, des idéologies…), le nihilisme de la spéculation financière,et de la spéculation révolutionnaire font que beaucoup de gens ne peuvent supporter cette uniformisation mutilante…
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture.
Aujourd’hui, la parole est à Rémi Brague, philosophe des religions.
« … la crise, telle que nous la vivons en ce moment, à peut-être des raisons beaucoup plus anciennes. Elles sont, vous excuserez le gros mot, de nature métaphysique. Autrement dit, il s’agit de l’être et du néant. Peut-on continuer à vendre du néant ? » (« on a vendu des choses qui n’existaient pas alors que l’économie est supposée être la science du concret. »
"A en croire 61 % des DRH, la crise a favorisé l'absentéisme en France. C'est ce que révèle la seconde édition du baromètre Alma Consulting Group, mené auprès de 200 entreprises, publiques et privées. 90 % des arrêts sont liés à la maladie. Mais, selon les DRH, les principaux facteurs d'arrêt seraient liés à la démotivation des salariés (25 %), à leur faible implication dans le travail (22 %), au faible sentiment d'appartenance à l'organisation (13 %), aux problèmes relationnels avec la hiérarchie et/ou les collègues (11 %) et au manque d'attention de l'encadrement aux problématiques RH (9 %). De 3,69 % en 2007, l'absentéisme est passé à 4,85 % en 2009, soit 17,8 jours d'absence en moyenne par salarié. "
On ne le redira jamais assez : l'un des sujets reste le sens que l'on donne à son travail. Cette enquête mériterait d'être utilement complétée par une analyse du "pourquoi" en profondeur.
Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture
Bien entendu,selon le principe de ce blog, je ne cherche pas à restituer fidèlement la pensée de l’orateur, mais je picore ce qui me « donne à penser ».Les § en italiques sont de moi.
Miguel Benasayag, franco-argentin,est philosophe, psychanalyste et pédopsychiatre.
Il partage l’idée d’A Badiou (exposée ici la semaine dernière) que la crise a mis fin à l’idée d’une « naturalisation de l’économie ».
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