Maya Beauvallet est économiste et maître de conférence. Elle a publié un livre sur les stratégies absurdes de management.
«La part des entreprises qui reversent des primes de performance à leurs salariés a bondi, aux Etats-Unis, de 26 à 53% entre 1987 et 1999. Dans ce nouveau contrat social où toute action doit correspondre à un intérêt individuel bien compris, on veut se persuader que les indicateurs sont des outils simples et efficaces. Et ils le sont, redoutablement même. L'expérience prouve en effet que les hommes modifient toujours leur comportement suite à la mise en place de tels dispositifs. Le problème est qu'ils ne le modifient pas toujours dans le sens que l'on avait imaginé d'abord.
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Prenons le cas d'un joueur de football professionnel dont on tente de mesurer les performances. A l'examen, il apparaît qu'il s'agit d'un bon défenseur mais d'un mauvais passeur : il reprend souvent la balle à l'adversaire mais la lui rend également très souvent. On fait alors l'hypothèse qu'en lui infligeant une pénalité financière à chaque fois qu'il rendra la balle à l'adversaire, il sera conduit à améliorer ses performances dans son jeu de passe. Quoi de plus logique ? Cette expérience a été réalisée, mais le résultat en fut assez différent. Les dirigeants du club ne s'étaient pas vraiment trompés : soumis au nouveau régime de pénalités, le joueur a commencé à passer moins souvent la balle à l'adversaire. Le problème est qu'il la passait désormais le moins possible, y compris à ses propres coéquipiers. Ce qui causa évidemment de nouvelles difficultés. [...]
Imaginez une entreprise de charcuterie spécialisée dans la confection de salami prédécoupé. Soucieux d'augmenter sa production, le manager prend l'initiative de créer un indicateur de performance fondé - quoi de plus logique - sur le nombre de tranches de salami qui sortent chaque jour de son usine. Les salariés comprennent très vite le message : plutôt que de produire davantage de salami au poids, ils découpent des tranches de plus en plus fines. Comme ça, tout le monde est content : les salariés ne travaillent pas beaucoup plus, mais le manager a la joie de constater que son indicateur s'améliore rapidement. La consommation, elle, n'a pas augmenté et le profit de l'entreprise non plus.
Cet «effet salami» se rencontre dans bien d'autres domaines. Par exemple, une entreprise de télécommunications décida récemment de payer des informaticiens au nombre de lignes de programme réalisées. Sans surprise, le nombre de lignes de programme augmenta rapidement. Pourtant, cela n'améliora en rien la qualité des programmes en question. Les informaticiens finirent même par avouer que cela nuisait à leur fiabilité en augmentant le risque d'erreur."
Et le chroniqueur des Echo.fr; T Gandillo, qui commente le livre poursuit :
... Les salariés calculent bien plus et souvent bien mieux que les stratèges en management. En clair, ils s'arrangent la plupart du temps pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en faisant croire le contraire. Prenons par exemple un patron qui décide de mettre en concurrence ses employés par un système de primes ou de pénalités mesurant leurs performances relatives. Eh bien, on constate que le premier réflexe des intéressés est de saboter méthodiquement le travail de leurs collègues !"
Et moi je rajoute : il est parfois, souvent, plus payant de faire appel aux valeurs, au sens des responsabilités des individus qu'à leur avidité. On laissera peut-être sur le bord de la route quelques "trés bons, trés avides" mais il est probable qu'en moyenne le collectif y gagnera.