François Ewald dans les Echos.f chronique un un livre de Gaspard Koenig, intitulé "Les discrètes vertus de la corruption".
Extraits de la chronique :
"Qu'est-ce qui fait que les plus grands héros de l'histoire, les Richelieu, les Talleyrand, les Walpole, ceux dont la renommée est finalement la plus grande, ont été des corrupteurs s'ils n'ont pas été corrompus ? C'est parce qu'on trouve chez eux un caractère, une manière de s'affronter dans sa réalité et son âpreté, une capacité à en relever le défi sans se voiler la face qui témoigne à la fois de lucidité et de maîtrise de soi.
Gaspard Koenig invite ensuite à constater que la corruption est aussi universelle qu'universellement condamnée... La civilisation, la richesse, l'opulence, la prospérité, les arts et les arts de vivre, tous ces biens ne sont pas, paradoxalement, les enfants de la morale et de la vertu. Il est facile à Gaspard Koenig d'opposer à ce monde de fortunes et de jouissances, mais aussi d'embellissement, fruit des principes de plaisir et de jouissance, le caractère économiquement et culturellement désastreux des sociétés vertueuses, aussi pures que bureaucratiques.
Mais le monde de la corruption n'est pas si gai que ça. D'abord parce que le monde moral peut toujours rattraper le corrupteur et le corrompu, le traduire devant les tribunaux. Mais surtout parce que passer dans le monde réel, abandonner l'idéal, se paie, du sentiment d'une chute irrémédiable qui ne parvient à s'oublier que dans d'éphémères étourdissements. Pensons à Faust. Mais aussi parce que le monde de la corruption est celui de contrats, d'obligations, qui, comme le potlatch des peuples primitifs, engagent indéfiniment. Dès qu'on a reçu, il faut rendre.
Quelle est donc la morale de la génération d'un Gaspard Koenig ? C'est celle d'une génération qui refuse tous les moralismes, tous les politiquement corrects, une génération qui se veut absolument lucide et sans illusion. Elle est bien celle de cette crise. Par cela même, elle ne peut pas se retrouver dans les « politiquement corrects » qui sont comme autant de manières de refuser la réalité, cette réalité dont elle veut affronter l'âpre réalité."
Contrairement à François Ewald, je ne suis pas du tout certain que la génération d'un Gaspard Koenig soit à l'image de cet auteur : les jeunes (si tant est que cette globalisation ait du sens) sont plus lucides que leurs ainés - mais cécité ne faisait pas vertu - et plus exigeants : les promesses engagent ceux qui les font. Je pense, au contraire, que cette génération sera plus morale que la précédente, mais elle sait aussi qu'elle est bien seule face à ses responsabilités et qu'elle doit déterminer le chemin à suivre sans le guide d'institutions (Etat...) ou d'organisations (entreprises, syndicats...) largement impuissantes à modifier "la marche du monde".
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