Trouvé sur les Echos.fr un article de Gérard Moati
« … l‘attention aux autres, proches ou lointains, n'est pas seulement une affaire de générosité et de morale. La connaissance conduit à l'altruisme.
« Philippe Kourilsky, éminent biologiste, ancien directeur de l'Institut Pasteur, fait partie de ces scientifiques qui, au-delà de leur propre discipline, s'interrogent sur les mécanismes et les conséquences du progrès des connaissances. Quand cette réflexion aborde les terrains de l'économie et de la politique, cela donne un petit livre inclassable, parfois aride, mais stimulant. Son sujet, l'altruisme, est certes à la mode chez les économistes : certains, parmi les plus renommés (voir la liste des récents prix Nobel), constatent que l'homo economicus n'est pas cet être égoïste que postule la théorie classique.
Mais notre auteur va plus loin en s'attachant à démontrer la « nécessité logique » de l'altruisme : ce n'est pas -ou pas seulement -une obligation morale, il ne se confond pas avec la générosité. Il s'impose parce qu'il est rationnel. Et le degré d'altruisme qui se manifeste au sein d'une nation, ou entre les nations, est étroitement lié au degré de connaissance des hommes sur le monde qui les entoure.
… La connaissance est « rationnellement » liée à l'altruisme, parce qu'elle nous fait prendre conscience de nos interdépendances. Il ne suffit pas de dire : « Ma liberté s'arrête là où commence celle des autres », il faut donner au mot un contenu. Qu'est-ce que la liberté pour un homme qui meurt de faim ? La liberté d'opinion pour un peuple privé d'information ? « Les libertés » d'un individu dépendent de l'effort consenti en sa faveur par son entourage familial, national ou mondial (éducation, sécurité, assistance…). Ainsi, écrit Kourilsky, « mes libertés individuelles sont construites grâce à celles des autres », et l'altruisme est leur « contrepartie indissociable ».
Ce lien entre connaissance et altruisme existe aussi à l'échelle internationale : il conditionne la prise de conscience par l'opinion publique, dans chaque pays, de ses dettes et de ses créances à l'égard du reste du monde. Il permettrait, nous dit l'auteur, à défaut d'un utopique gouvernement planétaire, de créer des consensus sur les questions capitales comme la préservation des biens publics mondiaux. Le déroulement du sommet de Copenhague sur le climat montre que ce n'est pas facile. »
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