Cet été, cinoche tous les dimanches en compagnie de Bach Films. Deuxième rendez-vous : une très belle adaptation de Cyrano de Bergerac réalisée par Michael Gordon en 1950, avec un José Ferrer particulièrement inspiré dans le rôle-titre. Un excellent classique, jamais ennuyeux, plein de fougue et respectueux de l’œuvre de Rostand.
Quelle belle adaptation de Cyrano ! Impossible de ne pas passer un excellent moment en visionnant ce film qui maintient notre intérêt de bout en bout, qu'on connaisse cette œuvre par cœur ou qu’on ne soit pas fan de films de cape et d’épée. Michael Gordon a réalisé là une adaptation remarquable, réussissant à instaurer l’équilibre parfait entre transcription respectueuse de l’œuvre originelle, rythme du film d’action historique, atmosphère crédible du film en costumes d’époque, humour débridé et mélodrame poignant. Sa mise en scène est volontairement classique, mais malgré tout il arrive à faire en sorte que rien ne soit figé ou trop installé, filmant avant tout ce qui anime les personnages au plus profond d’eux-mêmes, dans un noir et blanc bénéficiant d’un beau travail de contraste. Le récit roule comme une rivière limpide mais intense, et les acteurs font vivre le texte sans que rien ne soit jamais ampoulé, ankylosé dans la stature du théâtre classique. Oui, un bel équilibre entre clacissisme et fraîcheur d’âme qui rend le spectacle aussi distrayant qu’intelligent et palpitant. C’est avec un immense plaisir que nous suivons les frasques de ce satané Gascon de Bergerac, descendant fantasque de Don Quichotte et profondément meurtri par un amour impossible.
On pourrait croire qu’un rôle aussi emblématique que celui de Cyrano de Bergerac soit un cadeau, pour un acteur, qu’il y a là matière si riche et reconnue qu’il ne peut qu’être porté par celle-ci. Mais ce peut être aussi un poids terrible, une gageure folle, une castration, que de devoir incarner pareil personnage. Pour son interprétation de Cyrano dans ce film, José Ferrer reçut l’Oscar du Meilleur Acteur en 1950, à juste titre. Car José Ferrer est impeccable dans ce rôle ; c’est peu de le dire. Une vraie prouesse, car une extrême justesse de jeu : Ferrer n’en fait jamais trop ou pas assez, il est exactement dans le noyau de son personnage, sachant exprimer toute l’ambivalence et les contradictions de Cyrano, passant de la fanfaronnade à l’émotion pure, de la provocation verbale dangereusement taquine au sanglot réprimé. Grandeur et tristesse d’un homme lumineux cassé par une amère blessure, sa folie, ses espoirs, son amour et sa révolte ; toutes ces facettes sont superbement exprimées par Ferrer qui habite littéralement Cyrano. Même dans l’emphase grandiloquente ou la fureur du héros, il reste juste et réussit à rendre plus humain que jamais ce mythe littéraire qui court pourtant le danger d’être sclérosé dans le carcan de son succès historique. Ferrer crève l’écran et restitue un Cyrano plus touchant et émouvant que jamais. Il fut d’ailleurs si bon dans ce rôle qu’Abel Gance fit appel à lui pour incarner à nouveau ce personnage dans son Cyrano et d’Artagnan de 1963, avec Jean-Pierre Cassel dans le rôle de d’Artagnan.
Certes, ce DVD ne présente pas une version restaurée du film, mais son prix plus que démocratique nous fera oublier cela, d’autant qu’en bonus vous pourrez voir un documentaire assez iconoclaste de Laurent Preyale sur le mélodrame au cinéma, des origines à nos jours. De toute façon, ce Cyrano de Bergerac est sûrement l’adaptation la plus réussie de la fameuse pièce de théâtre de Rostand. À voir !
Cecil McKinley
Cyrano de Bergerac de Michael Gordon (Bach Films, 10,00€)


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