La grande Patti Smith vient de sortir son dernier album, Banga. Contrairement à certaines figures mythiques du rock qui n’en finissent plus de dégringoler de manière pathétique, Patti Smith n’en finit plus d’être Patti Smith, toujours aussi engagée, talentueuse, tendre et révoltée, puissante et touchée par la grâce. Soyons clairs : Banga est une petite merveille. Chapeau bas, chère Patti...
J’ai découvert Patti Smith quand j’étais adolescent : Horses, Easter, mais surtout Radio Ethiopia qui me foudroya par sa puissance électrique et poétique unique. Une grande dame du rock, apparue au début des années 70 et marraine du mouvement punk, suivant des chemins de traverse où révolte et poésie se répondent avec force et grâce. Patti Smith aime Rimbaud, la peinture, William Blake et la photo, l’écriture et le pouvoir magique de la voix. Elle chante langoureusement ou scande dans un état de transe. Les mots ne sont plus des paroles, mais de la poésie portée par la musique. Bref, Patti Smith vole plus haut que la plupart de ses consœurs, pas par orgueil mais par nature.
Banga débute tranquillement, gentiment. Patti nous sert un rock doux, plein de sentiments... Mais dès le troisième morceau (Fuji-San, chanson dédiée au peuple japonais de l’après Fukushima), l’électrique revient en force, entrecoupé par de sublimes ballades, nous menant dans un crescendo d’émotions et une certaine incandescence. Non pas une simple montée en puissance, mais des méandres profonds ou pétris d’énergie, alternant les différentes couleurs que l’on connaît de la chanteuse. La dernière moitié de l’album est fascinante, hypnotique, sublime. Évidemment, la plupart des critiques parlent avec cette espèce de satisfaction entendue des deux morceaux de l’album qui sont dédiés à Amy Winehouse et Johnny Depp, faisant l’impasse sur un autre morceau (Tarkovski : the second stop is Jupiter) consacré à un immense artiste bien moins médiatique, le cinéaste Andreï Tarkovski, un pur génie disparu en 1986, l’un des plus grands réalisateurs russes de tous les temps. Pourtant, ce morceau est bien plus réussi que les deux autres, peut-être le meilleur de l’album, nous plongeant dans une ambiance absolument incroyable, lancinante, transcendantale, mystique : un vrai voyage dont on sort difficilement, qu'on ne veut plus quitter.
On retiendra aussi les deux derniers morceaux de l’album ; le très beau Constantine’s Dream où Patti Smith renoue avec ses textes scandés lentement, profondément, et After the Gold Rush, capable de vous tirer les larmes des yeux dans un accent de mélancolie non dissimulée. Mais il y a aussi Seneca ou Maria, deux autres perles d’émotion pure, de beauté totale... Bref, il y a tout ce qu’on aime de Patti Smith, dans ce superbe album. Un dernier opus particulièrement réussi, accompli, inspiré. Et cette voix qui n’a rien perdu de sa richesse, pleine de nuances, reconnaissable entre toutes. Un beau disque. Un très beau disque.
Cecil McKINLEY
Banga de Patti Smith (Columbia, 16,99€)


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