J’aurais pu vous parler cette semaine de mon agacement après la cérémonie des Césars ne récompensant que ceux que le système veut récompenser, mais ce serait user de la salive pour rien. Finalement je préfère vous signaler la sortie d’un livre qui me semble bien plus important... pour saluer le courage et l’éthique de Claire Checcaglini, une journaliste indépendante, et de la nécessité de son livre, pour qu’il y ait encore de la culture à l’avenir.
Claire Checcaglini a infiltré le Front national pendant plusieurs mois, parfois de manière active, afin de comprendre réellement ce qui se trame dans ce parti politique, ce qui s’y dit, ce qui s’y fait, loin des caméras et des micros, dans la réalité quotidienne, à l’aube de nouvelles élections présidentielles. Elle a si bien gagné la confiance des cadres et militants de ce parti que le Front lui a même proposé d’être présente pour eux aux législatives... Quel cran ! Claire Checcaglini va être le témoin des discussions internes, des stratégies mises en place, des discours et batailles au sein du Front en vue des prochaines élections. Tenant un journal de bord relatant cette immersion clandestine, la journaliste rend compte de la réalité de ce parti, au jour le jour. Et, sans surprise, c’est édifiant. Racisme, haine, manipulations, calomnies et compagnie...
Ce n’est pas Marine Le Pen ni le Front national qui me fait peur, c’est la France. Les Français. Ceux qui ont appelé la première guerre mondiale « la der des ders ». Je me souviens encore de l’émoi insurrectionnel qu’avait déclenché la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002, le choc que cela avait créé, les débats et les milliers de gens dans la rue, puis l’après élection où tout le monde clama haut et fort : « plus jamais ça ! plus jamais de 21 avril 2002 ! ». Brave France, beau pays des droits de l’homme, humaniste à souhait. C’était beau, ce sursaut et cette indignation. Mais, dix ans après, Marine Le Pen est annoncée comme étant la troisième force en jeu dans les prochaines élections, et un tiers des sondés disent être sympathisants des idées de la candidate FN... Comme si le 21 avril 2002 n’avait jamais existé. Et au nom de la démocratie et de la tolérance, on nous dit qu’il faut comprendre tous ces ouvriers et gens en souffrance qui votent FN pour redonner une chance à la France, à ses emplois, à sa dignité. Mais où avez-vous vu que les villes qui ont été dirigées par le FN aient eu la moindre influence sur le marasme ? Toulon, Marignane, Orange, Vitrolles, villes sans chômage, sans crise ? Allons donc. La même merde que partout ailleurs, et souvent pire. La France me fait peur, car au lieu de se reprendre éthiquement, elle va encore défiler au lendemain du prochain premier tour des élections pour hurler dans la rue « plus jamais de 22 avril 2012 » alors qu’elle aura passé son dimanche à la pêche ou devant la télé. C’est désespérant.
Et puis... comment voter pour quelqu’un qui applaudit son père à tout rompre lorsque celui-ci cite du Brasillach à un meeting ?! Non, Marine Le Pen n’est pas une version soft de son père, et le FN est toujours le FN, tout le reste n’est que carnaval manipulateur. Le livre de Claire Checcaglini le démontre avec force et évidence, s’en tenant aux faits, aux paroles, aux actions du Front. À lire avant d’aller voter, France.
Cecil McKinley
Bienvenue au Front, journal d’une infiltrée de Claire Checcaglini (Éditions Jacob-Duvernet, 19,95€)


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