Ce mois-ci sort un petit livre épatant aux éditions du Chêne : Diables et vampires, une anthologie dirigée par Sophie Lefay, Maguy Ly et Nicole Masson qui vous fera plonger dans les enfers du XVIIIème siècle… Brrrr !

La collection « Esprit XVIII
ème » des éditions du Chêne propose des ouvrages élégamment fabriqués qui explorent différents textes peu connus et éclectiques issus du Siècle des Lumières. Le présent volume, donc, est dédié aux diables, démons, succubes, gnomes et autres vampires… Comment ? Le Siècle des Lumières regorgea donc encore à ce point d’élucubrations surnaturelles ? Malgré ce que nous pensions, n’aurait-il point réussi à s’extirper totalement du sabbat moyenâgeux ? Oui et non. Certes, ce fut bien le siècle des Diderot, D’Alembert et Voltaire, mais les superstitions étaient à l’époque encore bien tenaces. La morale, la philosophie et les sciences combattaient et rationnalisaient ces croyances plus qu’elles ne l’éradiquaient, le XVIII
ème étant encore très religieux. Cette anthologie est donc composée de textes de sources très diverses rendant compte de cette intention de décrédibiliser l’existence concrète du diable, de quitter l’obscurantisme pour accéder aux lumières de la raison, avec néanmoins une peur latente et inconsciente qui ne peut s’éteindre tout à fait, le combat prenant encore en compte la puissance du Malin. La lecture de ces textes est d’un grand intérêt historique, philosophique et littéraire, contenant toutes les peurs et les certitudes d’une période qui allait enfanter certains de nos mythes littéraires modernes. En effet – et c’est là où l’ouvrage devient passionnant –, ce contexte de la pensée allié aux croyances persistantes allaient bientôt enfanter dès la fin du XVIII
ème siècle ce qui allait bientôt devenir le romantisme gothique, avec certaines légendes étranges ouvrant la voie à tous les grands archétypes de la littérature fantastique du XIX
ème siècle. De Goethe à Le Fanu en passant par Stoker, les revenants, vampires, créatures diaboliques et autres goules allaient envahir certaines des œuvres les plus marquantes de notre imaginaire horrifique. Sur ce point – et au-delà du croustillant de quelques textes étonnants –, cet ouvrage est un document passionnant, joliment illustré de gravures et de culs-de-lampe d’époque. À ne pas lire tout seul le soir chez soi à la lueur d’une bougie…
Cecil McKinley
Diables et vampires. Éditions du Chêne (15,00€).
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