Suite des extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la Rédaction de France Culture.
Cette semaine, le point de vue de Jean-Pierre Le Goff, philosophe et sociologue.
« L’activisme communicationnel et managérial tient lieu de vision historique… Le management et la psychologie ont envahi tout et remplacent la culture historique. « Motivation » et « gestion de la complexité » sont les maîtres mots pour répondre à une situation que personne ne semble capable de maîtriser … C’est une course individuelle et collective perpétuelle où la réactivité domine sur la projection dans le long terme. Je pense que c’est symptomatique d’une forme de sortie de l’histoire avec une déculturation très forte.
« Il y a chez beaucoup d’individus qui se veulent modernes et branchés une grande difficulté à sortir de soi derrière leurs grandes déclarations d’ouverture et de multiculturalisme… au fond, il y a une peur et un refus de l’altérité, des contradictions, des conflits qui font partie de la condition humaine et de notre vie commune en démocratie. Le « dialogue » ne comporte plus de confrontations, il devient synonyme de rencontres affinitaires ou de concertations aseptisées… »
La solution : se confronter à d’autres cultures et « fuir un universel désincarné. »
La désincarnation, déterritorialisation, déshumanisation est un des éléments de la crise qui revient chez beaucoup des philosophes. La négation de la singularité irréductible de l’expérience humaine semble être à la fois une des conséquences de l’évolution du capitalisme mondialisé et l’une des clés d’un rebond.
Marie José Mondain, philosophe, fait écho à l’appel à reconnaître l’altérité : « Il n’y a qu’une façon de sortir de la crise, c’est que chacun quel qu’il soit, là où il est, se fasse acteur du voisinage et sujet de l’hospitalité. Hospitalité des corps, hospitalité des idées, hospitalité des langues. »
Mais la machine à normaliser ne supporte pas l’altérité.
La semaine prochaine, je reviendrai avec Michel Schneider, psychanalyste, sur cette idée d’altérité.


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