Extraits de l’Expansion du 20/11/2009.
"Une immense victoire pour tous les Américains qui ne sont pas nés avec des gènes parfaits, c'est-à-dire nous tous" : c'est dans ces termes triomphants que la représentante démocrate de New York, Louise Slaughter, salue l'entrée en vigueur, ce samedi, du Genetic Information Nondiscrimination Act (GINA)… cette loi interdit aux sociétés de plus de quinze salariés de leur demander des informations sur leur profil génétique et de les utiliser pour recruter, licencier, promouvoir ou décider de leur couverture médicale…
Le New York Times considère GINA comme " la loi anti-discrimination la plus importante depuis vingt ans " : "il ne sera plus possible pour une société de ne pas nommer PDG un salarié de 49 ans sous prétexte que son père et son grand père sont morts d'une crise cardiaque à 50"…
Certains Américains ont payé cher leur honnêteté. Christine Demark, employée d'un petit cabinet de consultants du Michigan, est ainsi devenue le symbole de la lutte anti-discrimination génétique lorsqu'elle a été licenciée, à l'âge de 24 ans et en pleine santé, après avoir indirectement appris à son patron qu'elle se faisait tester pour la maladie de Huntington. Sa mère étant décédée de cette maladie héréditaire qui se traduit par un dérèglement neuronal, l'employeur n'a voulu prendre aucun risque et a cantonné Christine dans des tâches rébarbatives avant de la renvoyer. »
Ces pratiques de sélection reflètent une certaine vision de l’entreprise : une machine sans âme, et sans états d’âme, dont le seul objet est l’efficacité.
Mais, tout de suite, on pressent que, comme pour le climat, les réponses ne seront plus nationales : à l’horizon se profile une régulation mondiale des activités économiques dans tous ces domaines.
Le véritable enjeu de cette régulation n’est plus dans les entreprises, mais bien au-delà. On peut le formuler ainsi : au nom de quelles valeurs, ces régulations seront-elles établies ?
Faute de répondre à cette question, laissera-t-on proliférer des organismes de régulation qui se substitueront aux citoyens du monde pour imposer leurs normes, au nom d’une prétendue supériorité technique ?
La question n’est pas pro forma : les organismes de régulation comptable imposent d’ores et déjà au monde entier la « fair value » (juste valeur) comme mesure de la santé économique d’une entreprise. Or pour eux « juste valeur » = « valeur de marché».
Peut-on admettre cette vision ?
Evidemment non : la politique (au sens noble du terme) doit reprendre le dessus.


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