Extraits du livre « Regards sur la crise » qui regroupe des entretiens réalisés dans le cadre du journal de la rédaction de France Culture.
Bien entendu, selon le principe de ce blog, je ne cherche pas à restituer fidèlement la pensée de l’orateur, mais je picore ce qui me « donne à penser ». Les § en italiques sont de moi.
Écoutons Alain Badiou, philosophe, « militant » révolutionnaire ».
« On est en train de sortir de l’idée qui s’était imposée d’une naturalisation de l’économie… Le capitalisme mondial triomphant nous avait convaincus que la nature voulait que la recherche du profit soit une sorte de nature humaine, une nature de société… »
« Le fait que le capitalisme soit actuellement sans concurrence véritable est, au fond, accepté par tout le monde, mais le fait que ceci ne donne aucune idée, aucune direction, aucun sens finalement au développement… provoque une inquiétude généralisée… auprès des jeunes générations. »
« Le fait que le capitalisme ne peut pas proposer à la vie humaine une orientation et une signification véritables… est peut-être un point de vue de philosophe, mais je crois que cela finit par devenir un point de vue général… qui affecte la vie de tout le monde. »
Que l’on partage l’analyse des causes de la crise d’A. Badiou ou pas, on peut convenir avec lui que la principale « révolution » est peut-être dans cette conscience aigüe ou diffuse de la perte de sens.
« La pensée intellectuelle, comme toujours dans ce cas là, (absence de perspectives politiques) s’est largement réfugiée dans la morale. .. Ils se sont appelés les « nouveaux philosophes », mais en réalité c’étaient des nouveaux moralistes… qui venaient dire « attention, il faut être gentil plutôt que méchant, il faut lutter contre le mal, les horreurs… »
Comment en sortir ?
«Il faut que les évènements aident la pensée… Quand l’évènement se constitue, il y a des gens qui sont aptes à le recevoir, à l’accueillir, à le considérer comme libérateur et non pas comme inquiétant, effroyable, et à en tirer les conséquences. »
En ce sens cette « crise » parce qu’elle a permis de mettre à bas les dernières utopies (par exemple le greed is good) réouvre des espaces à la réflexion, à l’action. Pour moi qui suis un incorrigible optimiste c’est une bonne nouvelle.
Jeudi prochain les réflexions sur la crise de Michel Benasayag, philosophe, psychanalyste et pédopsychiatre.


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