Ci dessous un extrait d'un mail de Thibaud de la Hosseraye (HEC et philosophe) à l'occasion de nos échanges sur Viadéo :
"Penser...c’est sortir de ce qui est machinal, de ce qui va de soi, de ce qui est mécanique, automatique, impensé : c'est « faire un pas hors du rang des assassins » (Kafka, à propos de l’écriture). Comme le disait Georges Orwell : « Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment ». « Si le livre [ou la pensée] que nous lisons [avons] ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire [penser]? Un livre [une pensée] doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » (Kafka), il doit remettre en question nos idées reçues, nous remuer. Cioran ne dit pas autre chose : « Un livre [ou une pensée] doit remuer les plaies, en provoquer même. Un livre [ou une pensée] doit être un danger. »
Mon avis, en effet, c'est qu'une pensée qui ne dérange pas, arrange. On ne pense pas encore vraiment lorsqu’on ne fait que reproduire les pensées des autres. Avoir des pensées (qui peuvent être celles des autres), ce n’est pas encore penser, car alors tout au plus, pourrait-on dire, avec Nietzsche, "ça pense en moi", mais ce n’est pas encore moi qui pense. Philosopher, c’est non seulement avoir des pensées, mais penser (i.e par soi-même et de soi-même)."


Oui, c'est vrai, penser est aussi un effort à fournir, non dans le sens de la performance mais bien dans celui de l'entraînement : s'entraîner et entraîner les autres. Mais penser n'est pas pour autant un acte de ralliement, avec le risque de passer au stade de l'idéologie, du dogme, de la croyance, car penser est avant tout l'ouverture sur et vers des terres inconnues. On voit bien le danger que représente vouloir (devoir ?) penser : une aventure humaine. Et c'est si confortable de se laisser entourer, sécuriser.. manipuler. Pensez donc ! Si je me mets à avoir des idées, à penser, je m'expose à tant de risques ! "Je ne pense pas donc je suis.. bien !"
Rédigé par: Aymeric-Henry Werth | 05/02/2010 à 20:13