L'entreprise ne peut pas, et ne doit pas, viser l'équilibre, l'harmonie, le consensus.
On entend souvent dans les couloirs : "Ca serait mieux si tout le monde tirait dans le même sens au lieu de jouer perso." "Si seulement nous prenions le temps de bien faire tout ce que nous avons en chantier au lieu de toujours lancer des trucs nouveaux". " La Direction ne sait pas où elle va à long terme ; elle gère au jour le jour." "Franchement, je ne comprends pas que les gens ne comprennent pas ma position; c'est pourtant évident !" "Chacun fait ce qu'il veut, comme il veut : il nous faut des procédures et celui qui ne les applique pas..." "Mais comment est-il possible que nos dirigeants n'aient pas prévu ce problème ?"
En gros, si tout le monde était responsable, altruiste, si nous baignions dans un état de fusionnelle compréhension, si l'avenir était totalement prédictible, les dirigeants omniscients, si le monde au lieu de bouger tout le temps prenait le temps d'attendre que nous ayions fini ce que nous avons en cours, si les évèmenents nous prévenaient avant de nous bousculer... qu'est-ce que nous serions bien, béats, sereins et comme il ferait bon travailler dans cette entreprise là.
Aucune activité humaine, depuis qu'Adam et Eve ont été chassés du paradis terrestre, ne bénéficie d'une telle harmonie.
Nous sommes mortels, le temps nous est compté alors que nous voudrions travailler pour l'éternité. Notre individualité irréductible découpe dans le réel ce qui nous sert à nous; ce découpage, différent du voisin, génère des rivalités, des incompréhensions alors que nous nous voudrions universels. L'incertitude est consubstantielle à notre existence alors que nous nous rêvons indestructibles. La complexité du réel est illimitée alors que notre champ de vision partiel.
Les entreprises sont humaines : elles baignent dans les même contradictions.
L'accumulation de théories, de méthodes, de règlementations qui prétendent prémunir contre les conflits, les risques, maîtriser les incertitudes, les aleas humains... laisse croire que le retour à l'universelle harmonie est possible.
Cessons donc cette absurde quête.
Admettons qu'aucune entreprise n'aura jamais le temps d'être parfaite, que les collègues ne le sont pas non plus (c'est à dire qu'ils ne sont pas comme nous), que la compétition est la règle (mais qu'elle n'est pas forcément malveillante), que nous réussirons jamais tout (mais que les échecs sont riches d'enseignements), que rien n'est jamais pareil ni dans le temps, ni dans l'espace (et que donc il y a toujours à faire). Laissons-nous étonner et, pourquoi pas, réjouir par la diversité, le mouvement, stimuler par l'opposition, la contradiction.
L'entreprise, peut-être plus que tout autre organisation humaine, est le lieu des contradictions.
Il faut fuir toutes les théories managériales qui prétendent les résoudre, aussi sûrement qu'il faut fuir les financiers qui proposent des rendements mirifiques sans risque.
Il s'agit au contraire de surfer sur les déséquilibres qu'elles engendrent. Car l'énergie vient de là.


Merci de ce commentaire qui m'encourage à continuer. N'hésitez pas à commenter
Rédigé par : christian oyarbide | 23/03/2010 à 08:54
Je tombe sur ce blog par hasard ou voulant moi aussi rédiger quelques notes sur harmonie respect et management. Félicitations. Et pour prendre la suite de votre conclusion, l'homme ne peut avancer sur terre que du fait de la succession de déséquilibres engendrés par la chute d'un pas au suivant...
Rédigé par : André | 23/03/2010 à 08:24