Extrait d’un article de Marc Mousli (novembre 2009) :
« L'Apec (Agence pour l'emploi des cadres) vient de publier une enquête sur le salaire des cadres. On y voit que les managers sont payés plus chers que ceux qui n'ont pas de responsabilité hiérarchique. Le salaire médian des premiers est supérieur de 15 % à celui des seconds : 45 000 euros contre 39 000 euros par an. Cette situation n'est pas nouvelle et peut s'expliquer de deux façons : la première est que le rapport de force est plus favorable au chef de service dirigeant un effectif important qu'à l'expert travaillant seul avec son ordinateur. La deuxième est que diriger une équipe est un métier difficile. »
La SNCF est confrontée depuis longtemps à ce problème. Le statut et les règles de gestion de ses ressources humaines nécessitent des managers imperméables au stress. Elle a donc cherché à le régler en « labellisant » ses experts. Le principe était d'en repérer 150 à 200 - dans une entreprise de 170 000 salariés - et de leur offrir une carrière aussi gratifiante que celle d'un manager, bien qu'ils n'aient pas de responsabilité hiérarchique. Et la bonne volonté de la SNCF n'a jusqu'ici guère été opérante : en sept ans, elle n'a réussi à labelliser qu'une vingtaine d'experts... Le dixième de l'objectif initial ! »
Peut-être que si l’on considérait que « manager » est une expertise, la question ne se poserait plus. Il est stupéfiant de constater que nos jeunes étudiants n’ont aucune formation sur ce sujet, que la sélection des meilleurs passe par les mathématiques, c'est-à-dire par la capacité à résoudre un problème seul, par la puissance de son raisonnement, ce qui favorise les autistes logiques au détriment des communicants intuitifs…"


Merci pour cette information. Cette notion de "gourou" mérite que l'on s'y attarde. Quand à l'explication historico sociologique,je ne suis pas assez "expert" pour porter un avis dessus. Il y a sans doute aussi un effet "grandes écoles" qui ne sont pas des experts mais qui peuvent prétendre, dans notre culture, avoir un avis sur tout ce qui déqualifie peut-être les experts.
Mais je n'en suis pas certain non plus.
Rédigé par : christian oyarbide | 25/01/2010 à 18:51
Désolé pour les erreurs de frappe de mon précédent Post.
Au regard de mon expérience il me semble qu'aux Etats Unis la valorisation de la filière d'expertise est un peu plus poussée que la nôtre. Un des meilleurs exemple est dans le domaine de l'IT où le titre "Gourou" existe dans la hiérarchie. Loin de la connotation péjorative française, il désigne le stade ultime d'expertise sur une technologie. Le titulaire de ce label tout à fait officiel est un expert qui maitrise tout le domaine mais également quelqu'un qui a une vision et qui est capable d'orienter le marché et de d'indiquer les voies d'évolution futures. C'est une personne écouté, respectée et qui est valorisée tout autant par la direction de son entreprise que la staff management, si ce n'est plus. Son niveau de rémunération est élevé (voire très). La filière comporte ainsi une structure pyramidale à l'instar du management, et qui permet aux meilleurs éléments d'espérer progresser (levier fondamental de la motivation).
Peut-être notre héritage culturel français est-il encore trop imprégné des valeurs d'avant révolution : l'expertise est la bourgeoisie laborieuse, que l'aristocratie du management méprise un peu. Dans l'inconscient collectif cette explication mérite à mon sens d'être creusée, car elle permet d'éclairer ce fonctionnement par caste et de sérail des élites, caractérisé par la cooptation managériale française dirigeante.
Rédigé par : Daniel | 25/01/2010 à 17:12
tout à fait d'accord. savez-vous si à l'étranger les choses sont différentes ?
Rédigé par : christian oyarbide | 25/01/2010 à 16:21
Intervenant dans une école "grande" école d'ingénieur (ENSIIE, ex-IIE), je trouve qu'il est un peu exagéré de dire que nos jeunes étudiants n'ont aucune formation sur ce sujet.
Je dispense moi-même un module sur la communication abordant des notions fondamentales pour le management (empathie, écoute, assertivité, négociation, conduite de réunion...). Certes je trouve que cela représente encore trop peu d'heures comparativement aux enseignements théoriques métiers, mais cela existe tout de même.
Par ailleurs ce qui me semble paradoxal c'est que (En France particulièrement), il y a une sous-valorisation chronique de le filière d'expertise. C'est d'ailleurs un des problème récurrent en terme de management : comment valoriser l'expertise à partir d'un certain niveau? Le résultat est que pour progresser, tout bon expert finit par vouloir accéder à des fonctions de management. Le problème est effectivement que la technicité dont il doit faire preuve pour être efficace, doit être spécifique au management, et non seulement métier.
Rédigé par : Daniel | 25/01/2010 à 15:28