L’entreprise est au carrefour de contraintes et de contradictions qu’elle subit plutôt qu’elle ne les décrète ou les entretient. Son principal souci est sa survie et, une fois celle-ci assurée, son développement. Il est rare de voir une entreprise en bonne santé se saborder ou même tout simplement décider de stopper sa croissance. Cela se produit parfois dans des entreprises de taille modeste où l’actionnaire, le patron, le « technicien » en chef, sont réunis en une seule et même personne.
C’est ainsi que l’on voit des grands chefs cuisiniers renoncer à leurs trois macarons au Michelin pour desserrer les contraintes que cette reconnaissance fait peser sur leur activité( Senderens à Paris, Roelinger à Cancale…). C’est ainsi que l’on peut entendre des artisans, des médecins, des avocats refuser des clients pour mieux servir ceux qu’ils ont déjà et stopper l’engrenage de la croissance avec ses obligations d’embauche, de gestion qui les éloignent de l’exercice direct de leur métier. Cependant, dés lors qu’une entreprise a dépassé le stade d’une aventure personnelle pour devenir un organisme complexe dans lequel se croisent les intérêts des actionnaires (gros, petits, dirigeants), d’une technostructure managériale, des salariés, des syndicats, des clients, des fournisseurs, dés lors qu’elle devient un organisme visible, sous le regard des institutions politiques locales, régionales, nationales, des régulateurs, des contrôleurs, des associations de consommateurs, de défense de l’environnement, des analystes financiers, des banquiers, alors son destin lui échappe.
Si nous considérons que l’entreprise n’est pas la patronne du « système économique » mais l’un de ses instruments alors les perspectives se renversent et il devient possible de poser une analyse plus « objective » de son fonctionnement.
En tout état de cause, si l’on n’a pas conscience des contraintes qu'elle subit, on n’a aucune chance de comprendre le pourquoi du comment de ce qui se passe dans celle où l’on travaille.


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