Comme je l'ai écrit dans une note précédente, l'éthique n'est pas une affaire de théorie, mais de convictions et d'envie de faire...
J'ai trouvé sur le net un article d'un consultant qui explique comment mettre en place une démarche éthique. Je vais vous livrer, les têtes de chapitres de l'article que je pourrais intituler : "Comment congeler une ambition généreuse sous la banquise de la technocratie."
Voilà les têtes de chapitres :
- En amont évaluer les besoins... Tarte à la crème de tous les consultants qui en profitent pour vous vendre des journées où ils interviewent le ban et l'arrière ban de l'entreprise pour finalement conclure que oui, il y a bien un problème chez vous et qu'il est pire que ce que vous -pensiez.
- Articuler la démarche éthique et la stratégie : un consultant doit toujours remonter à la stratégie. Ça fait chic, ça rassure les français conceptuels, et ça permet d'avoir une vision globale de la boîte et de vendre ensuite d'autres missions sur d'autres sujets.
- L'idéal serait de pratiquer une évaluation de l'entreprise à 360° : en gros, pour traiter d'une sujet donné, on démonte toute la boîte et on la remonte, on se remet en cause sur tout et partout... C'est sensé être mobilisateur, mais juste on oublie que les salariés et l'encadrement ont déjà la pression du client, des coûts, du changement et on en rajoute une grosse louche. Après on s'étonne que le stress gagne.
Évaluer le chemin à parcourir : et on est certain qu'il sera long et douloureux. Moi juste je voulais faire des choses utiles tout de suite, mais je ne peux pas tant que je n'ai pas tout analysé, parce que, bien entendu, je cours le risque de me tromper, de faire le mauvais choix de priorité et que donc je suis un dangereux activiste.
Mais ouf j'ai la solution pour ne pas m'égarer : "Créer un document de référence". Juste un de plus qui va se rajouter aux tonnes qui existent déjà et que personne ne lit plus. Et pour faire bon poids, on nous explique qu'il existe trois types de référentiels : charte, code de conduite et enfin ligne de bonne conduite. Donc tout de suite, ce n'est plus "un" mais "trois" documents qui sont l'idéal. Bonjour l'angoisse.
Mais j'ai tort de réagir comme ça parce que : " la rédaction du document devra impérativement" être précise et opérationnelle". Ah bon !
Quand je lis cela, je me dis que l'on est déjà trÈs loin des bonnes intentions, des valeurs et de la mobilisation, puisqu'on est centré sur le "guide".
Mais je me trompe encore. Évidemment, on va éviter le piège d'une procédure déconnectée des réalités car on va : "Concerter les opérationnels." (sic) Et tout de suite après : "Communiquer et sensibiliser." Et, bien entendu, dans la foulée, on va : "Informer et former à l'utilisation du référentiel"
Et pour couronner le tout : "On cherche de plus en plus à construire des indicateurs pour mesurer l'application des chartes"
Mais quelle horreur !!!!! Mais comment peut-on encore aujourd'hui appliquer des méthodes aussi éculées, aussi lourdes, aussi désincarnées... si ce n'est pour le plus grand profit des consultants.
Comment gérer un chef "financier" ?
Cette race bénéficie de conditions favorables à son expansion dans une époque de toute puissance des analystes boursiers. Cependant, limité dans ses capacités d’adaptation, le financier est extrêmement sensible aux perturbations de l’environnement, notamment la chute du cours de bourse de l’entreprise au sein de laquelle il exerce, qu’il en soit responsable ou pas.
« La financiarisation a replacé le chef d’entreprise au rang de salarié de l’entreprise, même s’il est un salarié de luxe. Il est désormais en zone de risque… Le jour où le président met le pied dans l’entreprise, le compte à rebours commence. » (Patrick Lévy-Waitz, président de Dynargie et Altedia Cogef qui accompagnent les dirigeants.)
Généralement installé au pouvoir « pour remettre de l’ordre » par des actionnaires inquiets ou des repreneurs voraces, il est identifiable à la calculette qui ne le quitte jamais.
Pour lui, la seule réalité appréhendable se trouve dans les chiffres : toute question, toute solution qui ne peut être quantifiée relève d’univers situés entre les parcs d’attractions et les mélodrames cinématographiques.
Pas de temps à perdre avec ces divertissements !
Pressé, bosseur, il travaille exclusivement sur des propositions chiffrées, dont il vérifie minutieusement la cohérence avant toute discussion. La moindre erreur d’addition, la moindre incertitude sur une corrélation, condamnent l’auteur à revoir sa copie.
Si la règle de trois ne vous est pas familière, demandez illico votre mutation ! Aucune activité de l’entreprise n’échappera à la « quantification ».
Il admet volontiers que, « subsidiairement », certaines problématiques puissent nécessiter des réflexions qu’il qualifiera de « philosophiques » (synonymes d’« oiseuses »), par exemple la communication (dont il aura au préalable sabré les budgets), le marketing (réduit à des notes en bas de page des business plans) ou les ressources humaines (terrain où il ne s’aventure guère au-delà de l’évolution de la masse salariale).
Ces activités « subsidiaires » seront confiées à des spécialistes dont l’influence sur la marche de l’entreprise sera strictement cantonnée.
Félicitations : J
Elles ne se justifient que si une de vos décisions a « impacté » (anglo-néologisme très répandu) favorablement et notablement le « P&L » (profit and loss en esperanto managérial, autrement dit « résultat comptable » en français délayé). Ce succès vous permettra, au mieux, d’espérer un « O.K. » sur un bilan que vous lui aurez transmis dans le but de vous faire mousser. Gardez cet « O.K. » soigneusement, il servira plus tard. (cf. le paragraphe « Augmentations ».)
Engueulades : L L L
Toujours froides et distantes, elles prendront généralement la forme d’un graffiti manuscrit sur un tableau de chiffres erronés.
Sachez que ces graffitis sont soigneusement codifiés (lisibilité, longueur, emplacement…) : ce code varie d’un individu à l’autre et vous devez obligatoirement l’acquérir pour, très vite, prendre la mesure de votre incompétence.
Le pire du pire, juste avant la convocation en tête à tête, est qu’il prenne la peine (donc le temps, et le temps, c’est de l’argent) de vous indiquer, d’un stylo rageur, les trois formules mathématiques (simplissimes) qui vous permettront de rectifier votre erreur de calcul. Retenez que le résultat le plus anodin, le plus accessoire, le plus inutile, doit être juste : dans le cas contraire, il en tirera la conclusion, difficilement réversible à ses yeux, que tous les autres sont suspects.
Si vous êtes brouillé avec les chiffres, demandez l’asile politique au patron de l’une ou l’autre de ces activités subsidiaires que j’ai évoquées plus haut.
Décisions : L L L
Il n’y a rien à décider puisque, bien travaillés, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans le cas contraire, c’est que vous n’avez pas su lever cette part de flou qui encombre les esprits brouillons.
Et l’intuition ? Le sens des affaires des grands patrons ? Un mystère du siècle dernier, qui perdure aujourd’hui, mais dont l’espace se réduit chaque jour et qui, de toute façon, reste l’apanage de quelques génies inégalables.
Aucune chance que vous soyez de ceux-là.
Augmentations : J
Plutôt que des augmentations, il préférera des félicitations, dont l’effet stimulant est, selon lui, quasi identique, mais d’un meilleur rapport qualité/prix.
Donc, voir rubrique « Félicitations ».
En cas de coup dur : L
Dès lors que l’adversaire est « économiquement rationnel », aucun doute qu’il le combattra efficacement. Parfois, il perdra un peu de temps à tout mettre en équation, mais bon… Dans cette période troublée, veillez à ce que la montagne de chiffres qu’il ingurgitera soit encore plus vite disponible, encore plus fiable que de coutume (pour le cas où vous auriez encore quelques faiblesses de ce côté-là).
Pour lui, le vrai « coup dur », c’est quand l’ennemi est économiquement irrationnel : « Mais pourquoi offre-t-il ce prix ? Il ne rentabilisera jamais l’investissement ! », « Pourquoi reprend-il telle entreprise ? Un foyer de pertes. », « Pourquoi refuse-t-il de vendre ce brevet ; il n’a pas les moyens de le développer ? »
Sa boussole se dérègle, il convoque des consultants, tout aussi financiers que lui, qui aboutissent à la même conclusion : on a vérifié tous les calculs, on ne comprend pas le raisonnement de votre adversaire.
À ce moment-là, il y aura, peut-être, une place pour votre petite voix, votre intuition. Quand la médecine traditionnelle ne peut plus rien, on admet parfois de s’en remettre à l’acupuncture ou à l’homéopathie ! Ne croyez pas qu’ensuite votre situation s’améliorera ! Au contraire, si vous avez vu juste, il est fort possible qu’il vous en veuille !
Conjugaison de l’imparfait : plus-que-parfait. De toute façon, deux et deux font quatre ; il suffit de ne pas l’oublier pour ne pas se tromper.
À faire absolument : mettre votre bon sens en équation.
À éviter absolument : les arrondis, qu’ils soient avant ou après la virgule.
Capacité d’éclairage : pas au-delà de l’écran de sa calculette financière.
Mortel Management sur 19/12/2009 dans Comment gérer son chef ? | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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