Extraits d’un article d’Enjeu les Echos qui donne quelques pistes pour communiquer en période de crise quand on n’est pas dans le secret des Dieux. Ces pistes sont intéressantes parce qu’elles admettent que le manager n’est pas Zorro, n’a pas les réponses à tout. Je suis persuadé que ses collaborateurs le comprennent très bien dés lors qu’il accepte de jouer franc jeu avec eux sans en rajouter dans un sens ou dans l’autre.
"En période de crise, les salariés se découvrent des vocations de kremlinologues ! " Le parallèle esquissé par Pierre Crozier peut prêter à sourire, il n'en conserve pas moins sa pertinence. " Lorsque l'avenir se fait incertain, les collaborateurs deviennent ultrasensibles, explique ce consultant, associé chez Ascend Partners. Comme le faisaient jadis les spécialistes de l'Union soviétique, qui scrutaient les tribunes officielles pour décrypter les luttes de pouvoir derrière les changements de protocole, ils se mettent à surinterpréter le moindre signe, et voient un sens caché derrière les détails les plus insignifiants. " Le DRH n'a pas pris la parole lors du dernier comité de direction ? C'est sûr, il est tombé en disgrâce. Le responsable des ventes a écourté la dernière réunion d'équipe ? Manifestement, son départ est imminent. Ainsi prennent corps les rumeurs les plus improbables, égrenées à voix basse autour de la machine à café, et extrêmement déstabilisatrices pour l'entreprise.
… Pour stopper ce cercle vicieux, la communication de l'entreprise et de ses dirigeants est supposée jouer un rôle essentiel. Hélas ! Vaccinés par des années de langue de bois, la plupart des salariés accueillent désormais les mails émanant du sommet avec un a priori de défiance. " Dans la majorité des entreprises, le scepticisme de la base vis-à-vis du discours de la direction est très marqué, confirme Nathalie Lopez-Pelayo, fondatrice de la société de conseil en management Alegria. En situation de crise, l'attitude et la communication du management de proximité deviennent cruciales. " Une responsabilité très inconfortable à vivre pour les intéressés. »
Il arrive qu'ils disposent des informations nécessaires pour répondre avec précision aux questions, voire aux angoisses, des salariés... mais sans avoir le droit de les divulguer… Le plus souvent, ils ne sont toutefois pas mieux lotis que leurs collaborateurs. " Ils peuvent rarement répondre à la question que ceux-ci se posent, à savoir : "Qu'est-ce que je risque ?", avance Maurice Thévenet, professeur au Cnam et à l'Essec. Du coup, soit ils s'épuisent à trouver des réponses, soit ils choisissent de se taire, de peur de dire des bêtises, parce qu'ils nourrissent parfois eux-mêmes des craintes pour leur propre emploi. " Ce qui les conduit à éviter le plus possible les réunions et les occasions de discussions.
Opter pour le silence quand on n'a rien à dire peut paraître une posture de bon sens. Mais, l'information ayant horreur du vide, cela revient à laisser le champ libre aux supputations et aux cancans. Aussi compliqué soit-il, il est donc crucial pour le manager d'occuper le terrain.
Mais alors, pour dire quoi ? Les fausses promesses, évidemment, sont à bannir. " Il ne sert à rien de vouloir rassurer à tout prix si l'on ne dispose pas des éléments pour cela, conseille Olivier Herlin, consultant associé chez Pactes Conseil. Le déni des difficultés représente une attitude plutôt confortable sur le moment, mais, lorsque les faits vous donnent tort, le discrédit est irrémédiable.
… Il ne faut pas vouloir en dire plus qu'on ne sait.
… Ne pas attendre d'avoir quelque chose à dire pour communiquer avec ses collaborateurs. Non seulement le silence du manager laisse le champ libre à toutes les élucubrations des salariés, mais il devient, lui-même, un sujet de rumeurs. Savoir dire " Je ne sais pas ". Cet aveu peut être accepté par les équipes, à condition que le manager soit le premier à les informer quand la situation évoluera. Le volontarisme, oui, l'optimisme inconsidéré, non. Il ne sert à rien, pour calmer les angoisses de ses collaborateurs, d'annoncer un avenir radieux si rien ne permet de l'affirmer. A moyen terme, le discrédit du manager est irrémédiable. Mieux vaut éviter de tomber dans les spéculations et s'en tenir le plus possible aux faits…
Partager des éléments d'analyse. Aider les collaborateurs à comprendre la situation permet de réduire l'incertitude.
Lutter contre le désoeuvrement. Maintenir l'activité des équipes limite les risques de les voir gamberger. Mais il faut veiller à ce que les actions engagées soient cohérentes avec la stratégie : si les salariés pensent qu'on les occupe uniquement pour les empêcher de traîner à la machine à café, la manoeuvre sera contre-productive. »
Comment gérer un chef self made man ?
Il a tout donné à son entreprise. Il en connaît chacun des rouages. Mieux ! Il a usiné chacun de ces rouages ! Son entreprise, c’est lui ! Il a bâti ce petit bijou sans se poser de questions métaphysiques, sans consultants, sans études marketing… Avec des convictions, de l’inconscience et du boulot !
Il s’est battu pour décrocher les marchés avec la grande distribution – ces étrangleurs de PME –, les crédits auprès des banques – ces vautours –, les autorisations des fonctionnaires – ces inutiles. Il a balayé tous les obstacles. Ce type est un char d’assaut !
Il a conservé auprès de lui, au long de ces années, une poignée de collaborateurs admiratifs, à laquelle il insuffle cette énergie dont il déborde. Les flemmards, les intellos, les contestataires, ont été virés depuis longtemps ! Les survivants se sont retroussé les manches pour combler le vide. Car, ce patron n’a pas de temps à perdre à recruter du sang neuf, à expliquer la vraie vie à de jeunes diplômés ambitieux qui n’ont jamais rien fait de leurs dix doigts.
Pas de fantaisie dans tout ça ! Uniquement du boulot.
« Je ne suis d’aucune noble extraction : je suis monsieur lambda. La bonne performance de Vinci prouve que chaque monsieur lambda, s’il est visionnaire et s’il travaille, peut créer un numéro mondial. » (Antoine Zacharias, fondateur de Vinci [groupe de BTP].)
Félicitations : J J J
Si vous bossez abondamment, si vous lui êtes dévoué surabondamment, si vous fermez votre grande g… totalement, alors pas de souci. Il saura vous témoigner sa satisfaction. Pas de longs discours, pas d’odes fleuries, juste des petits signes de reconnaissance, discrets mais sincères.
Si vous restez auprès de lui assez longtemps, vous aurez droit à un hommage appuyé lors de votre départ en retraite. Vous serez ému et lui tout autant, car il commencera à se demander si le temps de ses héritiers n’est pas venu.
Utilisez le « nous » en parlant de la boîte (même s’il ne fait aucun doute qu’il s’agit de la sienne) pour témoigner de votre attachement. N’en faites pas trop tout de même, il ne supporte pas les LBO. Si la boîte est assez riche, il s’en paiera un, qui ne servira qu’à ça : lui cirer ses pompes les jours de lassitude.
Engueulades : L L L
Pas moyen de lui raconter des salades puisqu’il possède sa boîte sur le bout des doigts.
Pour lui, le diable est dans les détails. Il a réussi en ayant l’œil à tout !
Il attend de chacun de ses cadres une implication totale. Le dilettantisme est un péché mortel ! Il peut considérer un manque d’attention ou d’enthousiasme comme une injure personnelle !
Décisions : L L
Vous voulez changer un truc : ne critiquez pas (c’est lui que vous remettriez en cause), proposez et attendez que l’idée fasse son chemin. Quoi qu’il décide, ne regimbez pas ! Il est le boss, incontestablement, indubitablement le boss ! Rappelez-vous ce proverbe : « Tous ceux qui savaient disaient que c’était impossible. Vint un qui ne savait pas et il le fit. »
Celui-là, c’est lui !
Évitez les grands discours, les théories, les graphiques compliqués. Il se décidera au flair. Il a justement réussi grâce à celui-ci (un truc qui ne s’enseigne pas dans les écoles).
Le jour où ce sens se déréglera, où ses décisions seront systématiquement à côté de la plaque, il sera temps pour lui de se retirer. Il est probable que vous détectiez ce moment-là avant lui.
Et ?
À vous de voir…
Augmentations : J J
Il a réussi grâce à son flair, mais aussi parce qu’il sait compter.
Ou bien, s’il est un peu faible en chiffres, il s’est adjoint un double, un fidèle de la toute première heure, qui compte à sa place et qu’il consulte avant toute décision.
Peu importe !
Les augmentations seront rares mais conséquentes s’il vous juge apte à le décharger d’une part de ses responsabilités qui s’alourdissent avec la croissance, avec le départ de Machin, qu’on ne remplacera pas parce qu’on bosse aussi bien sans lui…
Bref, il vous passe le fardeau avec le fric !
Ne tentez pas de comparer vos revenus aux siens : vous commettriez un crime de lèse-majesté.
En résumé, pour bosser avec un type pareil, il ne faut avoir faim ni de reconnaissance, ni de fric, ni d’autonomie…
En cas de coup dur : J J
Un pépin ! Il trinque ! Physiquement, moralement, il trinque. Mais il en a vu d’autres, il va rebondir.
Le risque majeur est qu’il pêche par excès de confiance, qu’il tente de rejouer une partie ancienne dont il est sorti vainqueur : « Vous vous souvenez, en 19XX, on a connu les mêmes attaques. Et on les a b… » Le problème est que nous ne sommes plus en 19XX. S’il prend votre avis, comme il ne vous a pas habitué à réfléchir, vous n’en aurez pas. Il sera conforté dans l’idée qu’il est le seul à pouvoir « sauver la boutique » !
Bref, pas d’alternative : lui faire confiance, exécuter ses ordres, en espérant que son fameux flair et sa combativité sortiront la boîte de l’ornière une fois encore.
Sinon, vous sombrerez avec lui !
Conjugaison de l’imparfait : antérieur. Au début de son aventure, il s’est pris quelques gamelles ; aujourd’hui, il a réussi. Quelle meilleure preuve de sa supériorité ?
À faire absolument : mettre les mains dans le cambouis.
À éviter absolument : les traces de cambouis incrustées qui dénotent un laisser-aller coupable.
Capacité d’éclairage : parfaite si vous chaussez ses lunettes. Avec les vôtres, vous ne verrez rien du tout.
Mortel Management sur 28/11/2009 dans Comment gérer son chef ? | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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